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Carnaval et Caramentrant

Carnaval et Caramentrant

Ces deux manifestations, bien que différentes, font partie d’un même cycle festif. Les caractères généraux développés ci-dessous sont extraits de l’ouvrage « Les fêtes en Provence » de Jean Paul CLEBERT, Avignon 1982.
Carnaval étymologiquement, carnaval et carême obligent à des échanges de nourriture, mais pas nécessairement carnée même si carne signifie viande.
C’est une période de licence et de débordements correspondant aux libertés que s’accordait le peuple pendant les trois jours gras qui précédaient le mercredi des cendres. Il se termine en règlement de comptes : Jugement et condamnation du mannequin chargé de tous les péchés du monde: Caramantran.
Caramentrant le mot « carême » qui vient de quadragésime (premier dimanche de la période de pénitence) a donné naturellement celui de carême-prenant ou carême-entrant c’est-à-dire Caramentrant pour distinguer les trois jours gras précédant le jeûne obligatoire. Puis il s’est appliqué à sa représentation symbolique qu’est le mannequin personnifiant le Carnaval que partout l’on promène dans les rues, le mercredi des Cendres, que l’on brûle ensuite sur la place publique comme l’on brûlait en effigie les personnages condamnés par la vindicte populaire.
En Provence, selon les régions, il se nomme Carmentran, Caramentran mais aussi Carnava ou encore paillasse, c’est-à-dire, l’homme de paille, ce qui souligne bien son rôle de boucémissaire. On fait « péter » caramentran en allumant à l’intérieur du mannequin d’inoffensifs mais spectaculaires explosifs. C’est « l’espetade(1) » qui a lieu le soir du dernier jour de carnaval et condamne définitivement le bonhomme Hiver.
Rituellement, le mercredi des cendres, le mannequin doit être sorti de son trou (l’atelier de fabrication) et amené en grande pompe sur la place du village puis porté sur un brancard ou une litière… Il sera ensuite jugé. Carmentrant, attaché à son poteau est entouré par un cercle chahuteur et menaçant formé des jeunes du village, eux-mêmes déguisés pour la circonstance. Chacun, à son tour s’avance et témoigne contre l’homme de paille, l’accusant de tous les maux. Même si Caramentran a droit à un avocat, l’accusateur public prononce toujours la sentence de mort: Brûlé vif ou noyé.
A Oppède, les enfants fabriquaient eux-mêmes le mannequin auquel ils adressaient les reproches qu’ils ont à faire non seulement au représentant de la mauvaise saison mais aussi à toutes les injustices de la société, de l’école… et des parents.
A Avignon, après le repas pris en commun,la jeunesse brûlait sur la place du palais un mannequin fait de vieux vêtements et bourré de paille : Carmentrant.
Toute la journée du mercredi, c’est la tournée traditionnelle des Camisards. Les jeunes gens, portant sur leurs vêtements une longue chemise de femme; allaient de maison en maison, quêtant victuailles et le soir venu tout était dévoré en un puissant banquet. Ce repas collectif du mercredi est maigre, mais il y a des arrangements avec le ciel.
Ainsi, tremper quelques instants un gigot dans l’eau permettait de dire « Tout ce qui nage est poisson » mais en général c’est l’aïoli qui a la vedette. Après le « beurre d’ail » viennent les non moins traditionnelles oreillettes. Toutefois, le privilège revient à la crêpe, comme celle de la chandeleur, qui est, par sa forme et sa couleur, symbole de soleil retrouvé.
Par contre, si le mercredi est maigre, le repas collectif du mardi est gras, d’où « Mardi gras » . Ce jour est aussi un jour de collecte qu’on appelle aussi la quête des œufs, qui se nomme en Provence, l’acampado dis iou. Le soir venu le repas collectif est fait d’une omelette où sont mélangés œufs et saucisses récoltés dans la journée. En provençal, c’est le crespèu mot qui désigne à la fois la crêpe et l’omelette au lard ou aux saucisses traditionnellement mangé le Mardi-Gras.
A Piolenc, ces traditions étaient aussi de règle, mais chaque village et ville connaissait quelques variantes, il en va ainsi chez nous. Nos archives papiers restent muettes et la récolte du «savoir» repose sur des enquêtes orales. Nos anciens nous disent à peu près tous la même chose, il n’y a donc aucune raison de ne pas les croire.
Jusqu’en 1960, on retrouve des traces de Caramentrant et Carnaval dans sa forme traditionnelle. Les jeunes, surtout les garçons, passaient de ferme en ferme quémander œufs, saucisses, lard – En effet, dans un village paysan, les familles de la terre possédaient un poulailler et tuaient le cochon – mais aussi du vin.
Au début des années cinquante, deux jeunes déguisés comme il se devait, sont partis avec l’attelage tiré par une mule faire le tour des fermes… Les écouter raconter leurs exploits est digne de l’œuvre de Marcel Pagnol.
Cette jeunesse se retournant de la collecte en un joyeux cortège farandolait et s’autorisait des exactions que seul le masque permet. Le masque n’était pas de plastique, il était de fabrication artisanale mais aussi du gris de cendre faisait l’affaire. Sous ce déguisement adéquat notre jeunesse trouvait les mets qui seront consommés le soir même. Pour cette soirée de mardi gras, notre joyeuse bande se retrouvait pour partager le crespèu.
Les lieux différaient selon le groupe et selon l’année : Ce pouvait être chez l’un d’eux ou devant un cabanon que se tenait le partage des aliments mais aussi du vin car ce repas était souvent arrosé plus que de raison.
Cette tradition, disparu avec la fin de la paysannerie ancestrale, se retrouve dans le carnaval souvent initié parles « écoles » : Les jeunes écoliers se déguisent, défilent et parfois quémandent des bonbons. Le repas du soir n’existe plus mais parfois caramentran est jugé.

1) Faire éclater.

Texte extrait de « www.mairie-piolenc.fr »